Espace Généraliste, Syndicat professionnel des Médecins Généralistes, a lu avec stupéfaction l’article paru dans Le Monde du 4 avril intitulé « La France en manque de pédiatres libéraux » (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-891251,0.html ) qui prétend comparer le suivi des jeunes Français par les pédiatres et les médecins généralistes.
Ce texte reprend des arguments totalement surannés d’un syndicat de pédiatres libéraux, dont on se demande s’il est au courant que la terre est ronde… Ceci aboutit à un catalogue de platitudes et de contre-vérités qui ne sauraient que chagriner nos confrères pédiatres et que nous, médecins généralistes français, prenons pour une véritable insulte anti-confraternelle.
Rempli d’affirmations tendancieuses et non étayées, il déforme les faits mettant à mal le sérieux que tout lecteur du Monde est en droit d’attendre, comme en témoignent les réactions du blog de ce journal. Il serait dommage que le rapport sur la pédiatrie du Dr Sommelet que nous qualifions volontiers d'excellent même s'il présente quelques points discutables continue de servir de prétexte à une désinformation comme celle-ci. C'est pourquoi nous attirons largement l'attention sur ce texte.
Mauvaise répartition des pédiatres libéraux en France |
Y a-t’il une sous-densité des pédiatres libéraux en France ?
Il suffit de consulter les pages jaunes des annuaires pour se rendre compte qu’elle peut être très élevée, mais surtout dans les grandes villes. Comme, hélas, la plupart des autres spécialistes, les pédiatres français sont très mal répartis sur le territoire : concentrés dans les métropoles et le sud du pays.
Les enfants des campagnes et des banlieues sont suivis par les généralistes. Pas ceux des quartiers riches, mille excuses...
La comparaison avec d’autres pays européens, où les règles sont différentes ne signifie rien.
Personne ne saurait contester la place indispensable des pédiatres libéraux en péri-natalité dans les maternités privées. De même, personne ne peut nier le rôle prédominant du médecin généraliste dans le suivi et le traitement des enfants et des adolescents. Et nous sommes tout disposés à revoir les rôles des uns et des autres comme le préconise le rapport Sommelet.
Le travail des généralistes est différent... |
Les médecins généralistes et les pédiatres ne prescrivent pas de la même façon : oui, et c’est heureux ! Nos confrères pédiatres libéraux travaillent surtout sur rendez-vous auprès d’enfants en bonne santé. Ils ont donc moins l’occasion de prescrire des antibiotiques ou d’autres traitements curatifs, et par contre prescrivent plus de vaccins.
Les médecins généralistes, s'ils suivent aussi la croissance et le développement des nourrissons et des enfants, reçoivent plus souvent en consultation ou en garde, et très souvent à des moments où seuls leurs cabinets restent accessibles, des enfants présentant une maladie infectieuse de début subit. Ce sont toutefois les médecins généralistes qui, en France, vaccinent le plus les enfants ( http://www.invs.sante.fr/beh/index.html )
Mauvaise estimation des mesures de prévention... |
L’affirmation selon laquelle nos confrères pédiatres prescriraient plus de fluor pour traiter la carie dentaire est accablante, quand on sait que nombre d'études scientifiques ( et ce depuis plus de dix ans...), ont démontré sans appel son inutilité avant l'âge de trois ans, et l'effet préventif du sel de cuisine fluoré au-delà ( "La supplémentation systématique en fluor chez l'enfant doit être remise en question", Revue Prescrire, 1996, tome 16, n°12, p 381-387). Nous ne doutons pas que les pédiatres qui mettent à jour leurs connaissances médicales sont conscients de l’énormité …
Affirmer que "Le suivi des enfants par des pédiatres permet une meilleure qualité des soins et coûte moins cher en dépenses de santé" ( Dr Bocquet, AFPA ) est tout simplement mensonger : c’est comparer deux modes d’exercice parfaitement inégalitaires, où le tarif de consultation du pédiatre dépasse de moitié celui du généraliste, ce dernier restant l’unique responsable des objectifs de maîtrise comptable, de la permanence des soins, et des contraintes administratives.
On peut répondre à cette provocation par une autre, qui - elle - est vérifiable : mesurer, peser et vacciner des enfants en bonne santé peut parfaitement être réalisé par une infirmière diplômée. Dans ce cas l’économie réalisée serait d’un facteur 10, compte tenu de l’indigence de la rémunération des infirmières dans notre pays.
Il semble par ailleurs que les médecins généralistes, mieux répartis sur le territoire, souvent plus accessibles (on peut le plus souvent les consulter le jour même) assurent correctement le suivi et la prise en charge de près de 80% des enfants en France. Laissons les papas et mamans en juger !.
L’article indique aussi que les pédiatres multiplient les conseils de prévention. Ils ont bien raison. C’est aussi le cas des généralistes ! Ils ont en plus l'avantage de souvent mieux connaître l'environnement familial des enfants quand ils voient tous les membres de la famille de 8 jours à 100 ans...
Enfin, nous sommes pleinement d’accord avec le texte de l’article pour dénoncer la violence et l’agressivité de la société actuelle. Il serait bon que les syndicalistes pédiatres en tirent les conséquences en ne cherchant pas à allumer une guerre inutile avec les généralistes, et recentrent leur métier là où il est indispensable à la collectivité : la péri-natalité – et redeviennent des spécialistes de référence, de seconde intention, entrant dans le parcours de soins.
Les rôles des uns et des autres sont complémentaires, les compétences indiscutables, la querelle stérile , voire contre productive . Nos petits patients méritent mieux...
Dr Claude Bronner, président d'Espace Généraliste (06 07 88 18 74)