Espace Généraliste
Editorial EGORA du 5 juin 2006

L’heure des comptes

vendredi 9 juin 2006 par LEHMANN Christian

Les signataires de la convention médicale ont essuyé un échec cuisant lors du scrutin aux URML. Chacun savait que ces élections, au-delà du renouvellement des médecins siégeant aux Unions, représentaient un test de l’adhésion du corps médical à la convention.

Pour la CSMF, les résultats sont accablants. Cela n’empêche pas Michel Chassang, minimisant sa responsabilité, d’expliquer que la faute en incombe essentiellement aux caisses d’assurance maladie et à l’Etat, véritables « boulets » que tel un Sisyphe moderne, il aurait traîné depuis plus d’un an.

Pour Xavier Bertrand et Frédéric Van Roekeghem, le désaveu n’est pas moins cinglant. Et le prix politique à payer sera élevé. Car la feuille de route qui leur avait été transmise était claire, dès le début : il leur fallait absolument éviter un remake du plan Juppé et retisser des liens avec un corps médical considéré comme un cœur de cible électoral. Las, en choisissant de passer en force, d’imposer aux médecins une réforme du « médecin traitant » pénalisante pour les patients et dénuée de tout moyen pour les généralistes, ils ont obtenu l’effet inverse à celui escompté. Car réussir à mécontenter à la fois les généralistes, que Michel Chassang se flattait d’avoir « valorisé » et les spécialistes, qu’il expliquait avoir « revalorisé », est un exploit mémorable, qui à douze mois d’une élection présidentielle ne restera pas sans conséquence.

Mais pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné, se demandent probablement en ce moment les conseillers des ministères, cherchant la faille dans une réforme qui a bénéficié d’un soutien politique fort et d’une campagne de communication sans précédent ? Peut-être l’heure des comptes est-elle arrivée, celle où, comme l’enfant énonçant que le Roi est nu, on révèle à ces « experts » quelques évidences qu’ils semblent ignorer. Allons-y :

1/ Les médecins ne sont pas des imbéciles

Ils travaillent beaucoup, trop parfois, ne s’intéressent pas forcément aux arguties syndicales, mais savent tirer les conséquences pratiques des réformes qu’on leur impose, au quotidien. Les généralistes ont constaté, ahuris, qu’on leur imposait la coordination des soins sans leur en donner les moyens, qu’aucune revalorisation n’accompagnait leur surcroît de travail. Un confrère de l’UNOF l’exprimait très bien dans le Monde en Janvier 2005 : « Mon syndicat était contre le médecin référent, il vient de le rendre obligatoire et non payé ». Les spécialistes ont bénéficié de fortes revalorisations d’honoraires, mais n’ont pas accepté une redéfinition de leur rôle en tant que consultants.

2/ Les patients ne sont pas des imbéciles

Sommés de désigner un médecin traitant, ils ont dans leur immense majorité choisi un généraliste, alors que CSMF et SML avaient insisté pour que tout médecin puisse être médecin traitant ; ceci au détriment du bon sens et de la définition internationale de la médecine générale, médecine du premier recours dans tout système de soins organisé. Quotidiennement, les patients se heurtent alors à un parcours de soins « virtuel » qui se solde pour eux par un reste à charge plus important, des déremboursements, une opacité tarifaire insupportable - sans parler des erreurs de remboursement, des médecins victimes de ces mêmes erreurs amenés à refuser de pratiquer le tiers-payant. Et le mépris ! Le mépris de la « machine » contre lequel ils ne peuvent rien lorsque le formulaire MT a été perdu ou mal enregistré.

Pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ?

Parce qu’on ne met pas en place une réforme du « médecin traitant » fléchant un « parcours coordonné », avec des syndicalistes fondamentalement opposés à la notion de coordination des soins à et organisant systématiquement son contournement pour disposer de dépassements d’honoraires opaques. Parce qu’on ne met pas en place une réforme du « parcours de soin » en déniant aux généralistes tout moyen d’exercer réellement un rôle de prise en charge du patient dans sa globalité et dans la durée, en lien avec les confrères spécialistes, et dans le respect des compétences de chacun. Parce qu’on ne met pas en place une réforme en méprisant le médecin qui bosse au quotidien, en allant jusqu’à spolier les médecins ayant choisi l’option référent qui, selon Dinorino Cabrera, « constituait une menace grave, dont nous devions nous débarrasser » et en les dénigrant de manière inqualifiable, comme Michel Combier écrivant que « la poursuite du médecin référent en 2005 a privé chacun des autres généralistes de 1000 €, soit 1% de plus sur la consultation »… avec pour seul résultat de décrédibiliser à l’avenir la notion même de contrat entre les médecins et les caisses d’assurance maladie.

La solution : sortir des petits arrangements tarifaires entre amis, considérer la santé des Français comme un bien précieux et non une variable d’ajustement en vue d’une élection, rouvrir sans plus attendre des négociations avec les représentants des médecins généralistes.

Le champ est vaste, le temps est compté.

Voir en ligne : Voir sur le site EGORA

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