Echanges de courriels
vendredi 6 juillet 2007 par BRONNER Claude
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A Monsieur le Dr Hubert Allemand, médecin conseil chef national
Merci de votre réponse.
La Loi du 13 août 2004 est effectivement “mal faites” du fait de son imprécision sur de nombreux points ouvrant la porte à des interprétations abusives et de multiples conflits ; et le fait qu’elle n’ait pas été contestée par les parlementaires n’est une preuve ni de sa qualité ni de sa constitutionnalité.
Je vais prendre 2 exemples.
- Les arrêts de travail
Il est écrit dans la Loi : « … De respecter les heures de sorties autorisées par le praticien, qui ne peuvent excéder trois heures consécutives par jour … » Est-il précisé clairement dans la Loi que le praticien ait obligation de noter ces horaires ? Manifestement, NON, le texte n’est pas clair, pourtant l’UNCAM a décidé d’un nouvel imprimé où le praticien devrait préciser ces horaires ce qui est source de multiples conflits. De plus, avec bon sens, mais en contradiction complète avec la loi, l’UNCAM a rajouté, avec l’accord du Ministère, la possibilité de moduler les horaires au dos du document officiel. Vous nous avez rappelé vous même qu’on allait revenir à des règles anciennes et éprouvées qui avaient fait leurs preuves.
- Les PES
Il est écrit dans la Loi : « …les actes et prestations nécessités par le traitement de l’affection et pour lesquels la participation de l’assuré peut être limitée ou supprimée … » Est-il précisé clairement dans la Loi que le praticien ait obligation de regrouper toutes les pathologies sur un même PES ? Manifestement NON, le terme "affection” est même au singulier, pourtant les contrôles médicaux continuent de réclamer ce regroupement (par ailleurs contraire à la Loi 2002-303 du 4 mars 2002 relative au droit des malades et à la qualité du système de santé) ce qui est source de multiples conflits.
En ce qui concerne la mise sous tutelle des médecins pour les arrêts de travail, ce qui paraît le plus choquant c’est :
— Que le déclenchement soit simplement du fait d’un écart à la moyenne, ce qui nous a fait parler de délit statistique (voir article de l’Humanité du 6 juillet 2007), alors qu’il a été établi que les caisses comptabilisaient à tord aux praticiens les IJ de patients ayant plusieurs employeurs.
— Que la commission dites des pénalités n’ait qu’un avis consultatif : entendre le praticien ne sert à rien si le Directeur de la caisse peut passer outre.
— Que l’assurance maladie ait traduit la mise sous tutelle par le renseignement exhaustif d’une page de renseignements sans aucune concertation avec les professionnels : ces modalités ne sont pas prévues par la loi et méritent examen.
La cellule juridique fait bien la distinction entre une mise sous tutelle et une sanction financière comme elle fait la différence entre une phase contentieuse et une phase pré contentieuse qui à l’usage ne s’avère être que le montage d’un dossier d’accusation où la notion de présomption d’innocence n’a pas cours !
Au niveau de responsabilité qui est la vôtre, il ne s’agit pas seulement de se référer à l’intelligence supposée du législateur, mais bel et bien de le conseiller, de l’aider à améliorer ce qui peut l’être et surtout d’aboutir à des solutions incontestables par une concertation sans faille.
Dans cette optique, un syndicat comme le nôtre, qui est au plus près des effecteurs, continue à rester sur la touche. Croyez bien que nous préférerions agir “avant” les textes en participant à leur élaboration ou à leur amélioration.
Jusqu’à présent, il faut bien dire que l’Assurance Maladie continue à ignorer habituellement une importante partie du corps médical à qui il reste pour seul espace d’action quelques échanges (comme celui-ci pour lequel nous vous remercions), des coups de gueule médiatiques et des actions juridiques dont nous pourrions largement nous passer.
Nous espérons que cela changera bientôt.
Bien sincèrement,
— Dr Claude Bronner [Email] 06 07 88 18 74
A Monsieur le Dr. Claude BRONNER, Président d’Espace Généraliste
Monsieur et cher confrère,
Suite à votre mail du 29 juin 2007, et dans un souci de clarification, je vous rappelle les termes de la loi (art. L. 162-1-15 code de la sécurité sociale) :
« Le directeur de l’organisme local d’assurance maladie peut décider, après que le médecin a été mis en mesure de présenter ses observations et après avis de la commission prévue à l’article L. 162-1-14, à laquelle participent des professionnels de santé, de subordonner à l’accord préalable du service du contrôle médical, pour une durée ne pouvant excéder six mois, la couverture des frais de transport ou le versement des indemnités journalières mentionnés aux 2º et 5º de l’article L. 321-1 et aux 1º et 2º de l’article L. 431-1 du présent code ainsi qu’aux 1º et 2º de l’article L. 752-3 du code rural, en cas de constatation par ce service : Ou d’un nombre ou d’une durée d’arrêts de travail prescrits par le médecin et donnant lieu au versement d’indemnités journalières significativement supérieurs aux données moyennes constatées, pour une activité comparable, pour les médecins exerçant dans le ressort de la même union régionale de caisses d’assurance maladie ; ».
La procédure d’accord préalable, telle qu’elle est prévue dans ces dispositions introduites par la loi du 13 août 2004 portant réforme de l’assurance maladie, n’est pas une sanction portée à l’encontre d’un professionnel (comme l’est, par exemple, la pénalité financière visée à l’article L. 162-1-14 du même code). En effet, la loi du 13 août, plaçant la lutte contre la fraude parmi ses objectifs prioritaires, a instauré d’une part des mesures administratives (la procédure d’accord préalable) et d’autre part, des outils de sanctions (les pénalités financières, celles-ci visant les professionnels de santé, les établissements de santé, les assurés et les employeurs).
Vous considérez (cf. notre entretien et votre message ci-dessous) que « la loi est mal faite ». Je note cependant que ces dispositions (celles de l’article L. 162-1-15) n’ont pas été contestées par les parlementaires au moment de l’édification de la loi, tant sur le plan de leur légalité que de leur constitutionnalité (cf. notamment Conseil constitutionnel Décision n° 2004-504 DC du 12 août 2004 ; Légifrance : Dossier législatif relatif à la loi n°2004-810 du 13 août 2004).
En conclusion et afin d’éviter tout malentendu, il convient donc de bien distinguer, d’une part les pénalités financières (art. L. 162-1-14 CSS) et les faits qui peuvent en motiver l’application (cf. art. R. 147-6 CSS), et d’autre part la procédure d’accord préalable (L. 162-1-15 CSS) et les constats établis par le service du contrôle médical qui peuvent en provoquer la mise en oeuvre. La procédure d’accord préalable, loin d’une sanction, n’est en fait qu’une modalité particulière et transitoire d’une vérification systématique et a priori de certaines des prescriptions d’un médecin, ce dernier étant par ailleurs précisément informé de la durée et de la nature du contrôle opéré par le service du contrôle médical.
Dans l’intérêt de leur l’information et peut-être de leur défense en cas de litige, il importe, me semble-t-il, que la cellule juridique de votre syndicat éclaire vos mandants sur cette nécessaire distinction.
Avec l’assurance de mes sentiments confraternels,
Pr Hubert ALLEMAND
Le 29/06/2007 15:27, Claude BRONNER a écrit :
Au Dr Hubert Allemand, médecin conseil chef national
Monsieur le professeur et cher Confrère
Lors de notre rencontre, je dois dire que j’ai été passablement surpris de votre réaction suite à nos affirmations concernant la commission des pénalités et le reproche strictement statistique : vous nous avez dit que le délit statistique n’existe pas et qu’il y a toujours des recours. Et nous parlions d’un cas breton. Il se trouve que nous venons de recevoir la lettre d’un directeur de caisse à ce sujet qui est plus qu’éloquente et que vous trouverez en pièce jointe.
C’est comme pour les formulaires d’arrêts de travail, la loi est mal faite et nous oblige à lutter contre.
Croyez bien que nous le regrettons, mais nous ne pouvons tolérer qu’un médecin n’ait aucune possibilité de justification médicale comme c’est le cas ici.
Je pense en outre que lorsque l’ensemble du corps médical, syndicalistes CSMF compris, apprendront au décours d’une de ces affaires de délits statistiques qu’on demande aux médecins de mettre des "motifs médicaux" aux arrêts de travail pour les voir aller immédiatement (ou presque) à la poubelle, ça pourrait poser quelques problèmes.
Je crois que ces sujets méritent une remise à plat au sein de l’assurance maladie et c’est dans un esprit constructif que je fais ces remarques.
Bien sincèrement
BRONNER Claude
Articles de cet auteur
1 réaction
Forum
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Echanges de courriels9 juillet 2007, par un lampiste
Bonjour,
Enfin une réponse à ma question du 28 juin. Cela confirme l’opinion d’Omedoc sur le "délit statistique" concernant les arrêts de travail : Il ne s’agit pas en fait d’un délit. La réponse du Pr Allemand est claire sur le sujet mais contredit cependant les messages antérieurs de la Sécu sur le sujet :
Voir http://www.ameli.fr/espace-presse/c... Contrôles et lutte contre les abus et les fraudes à l’Assurance Maladie Point sur les actions 2005 et programme 2006
"4 - Les prescriptions abusives d’indemnités journalières : premières procédures de mise sous accord préalable engagées par l’Assurance Maladie Alors qu’un médecin prescrit en moyenne environ 2800 jours d’arrêts de travail par an, certains praticiens se distinguent par une activité hors normes et vont jusqu’à prescrire 8 à 20 fois plus d’indemnités journalières que la moyenne nationale. Grâce à la loi d’août 2004, les directeurs des caisses d’Assurance Maladie peuvent désormais recourir aux sanctions suivantes : mises sous accord préalable des prescriptions d’indemnités journalières ou pénalités financières. L’Assurance Maladie a donc engagé dès le second semestre 2005 les procédures de mise sous accord préalable pour les médecins dont les dépenses de prescriptions d’indemnités journalières sont excessivement supérieures à celles de leurs confrères, à activité comparable et dans une même région. Les sanctions sont proportionnées aux abus. De plus, elles ne peuvent intervenir qu’après que le médecin ait fait état de ses observations et l’avis d’une commission, à laquelle participent des représentants des médecins, dans le respect des droits de la défense et du contradictoire. Cette opération ne concerne pour l’instant qu’un nombre limité de médecins mais les économies sont potentiellement conséquentes (voir programme des actions 2006)."
j’ai 6 autres citations où il apparait manifestement que pour le directeur de la sécu, la mise sous entente préalable pour prescription statistiquement anormale correspond à la sanction d’un abus.
C’est cette interprétation qui est manifestement abusive.
Par ailleurs, je ne comprends pas que cela soit vécu comme une sanction par les prescripteurs. (même si je comprends que devoir se justifier soit mal vécu).
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Echanges de courriels12 juillet 2007, par Dr BROSSEAU
D’abord une petite remarque : il serait temps que l’on arrête de parler de prescriptions d’indemnités journalières, un médecin prescrit des jours d’arrêt de travail. L’indemnité journalière c’est le problème du gouvernement. Ensuite les syndicats devraient exiger la correction du bug informatique qui multiplie le nombre de jours d’arrêt de travail par le nombre d’employeurs. Personnellement cette "petite erreur" fait plus que doubler mes prescriptions pour une seule patiente qui a 9 employeurs et qui est en arrêt de longue maladie, je ne suis probablement pas le seul dans ce cas. Si tous les médecins demandaient, comme je l’ai fait, le contrôle et la correction de leur RIAP pour les 3 dernières années les caisses seraient peut-être légèrement débordées. Je ne connais pas l’impact que cette erreur a sur les chiffres globaux mais il serait bon que les caisses corrigent leurs erreurs, elles qui sont si promptes à vouloir corriger les notres.
G. BROSSEAU
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Echanges de courriels12 juillet 2007, par un lampiste
Dans le communiqué de presse du 5 juillet ils ne parlent plus de prescription d’indemnités journalières mais ils parlent bien de prescription d’arrêt de travail. Par contre mise sous tutelle et lutte contre la fraude sont toujours étroitement associées.
http://www.ameli.fr/fileadmin/user_...
Je ne sais pas comment ils ont fait pour calculer l’économie réalisée (35 millions d’euros)… Je serais bien curieux de le savoir…Si vous avez l’occasion de le demander…. !?
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