De l’informatisation des médecins au DMP
samedi 30 septembre 2006 par GARRIGOU-GRANDCHAMP Marcel
Initialement rédigé pour Gilles PERRIN qui m’avait interpellé sur generalistes2005, j’ai décidé de diffuser ce texte en pensant qu’il pouvait alimenter le débat tout en me libérant, dans cette catharsis, du vécu d’un réel gâchis.
En informatisant totalement mon cabinet en 1984 (fichier, courrier, CR, compta, rdv…), je ne pensais pas alors que nous en serions encore là 22 ans plus tard : le DMP est pourtant sur mon poste mais je ne peux partager l’information avec les autres soignants que par la voix ou la poste…. certes il y a bien la solution Apycript qui permet la messagerie cryptée, dont le mérite revient à l’impulsion donnée par des Confrères, mais elle a ses faiblesses et n’a pu s’imposer sur tout le territoire.
L’ordinateur est entré dans les cabinets médicaux, mais souvent il ne sert qu’à faire des FSE et même les ordonnances sont encore rédigées à la main ; je reconnais que le seul mérite de SESAM VITALE aura été d’accélérer sa pénétration dans les cabinets médicaux. Mais les Confrères surchargés de tâches administratives n’ont pas le temps d’investir suffisamment l’outil informatique, en dehors d’une minorité de passionnés, notamment ceux fréquentant les GD et qui vont lire mes délires numériques ![]()
Les organisations représentatives professionnelles, forts de ce constat, auraient du consacrer toute leur énergie à lutter contre l’envahissement bureaucratique que subissaient et subissent toujours les médecins pour leur permettre de dégager le temps nécessaire à l’acquisition d’un minimum de connaissances pour maîtriser ce nouvel outil, mais ce fût exactement le contraire et je vous épargne le catalogue des R, HR, formulaires de toutes sortes accompagnant les différentes conventions, option référent, MT….. Parallèlement certains se sont beaucoup plus investis au niveau des "tuyaux" acheminant l’information (il y avait potentiellement du pouvoir et / ou des revenus à en tirer) en finançant leurs réseaux propriétaires et autres concentrateurs avec l’argent des cotisants, aux URML pour Libéralis ou à leur syndicat pour Medsyn : je ne polémiquerai pas plus sur le sujet tout ayant déjà été dit, mais c’était bien mettre la "charrue avant les bœufs".
Avec le plan JUPPE, SESAM VITALE était une nouvelle chance pour la profession de disposer enfin d’un outil de communication ; l’état et la CNAM voulaient se décharger sur les PS de la gestion des FSP, et nos représentants syndicaux n’ont pas su exiger le deal gagnant-gagnant : OK on fait le boulot des CPAM mais nous voulons en échange cela ! En définitive nous faisons le boulot pour quasiment rien (le forfait FSE ne couvre même pas l’entretien ni la MAJ du matériel) et en échange nous n’avons rien obtenu !
Avec le DMP nous disposons d’une seconde chance mais je crains que le résultat soit le même que pour SESAM VITALE : lisez le texte de la Loi du 13 août 2004, vous y verrez que même si le DMP n’est pas encore né, les sanctions à l’encontre des médecins sont déjà prévues mais pas la rémunération pour cette nouvelle tâche ! De plus, à cette époque nos représentants, y compris MGF qui était alors signataire, ne se sont guère battus pour faire amender ce texte en tous points scélérat.
Ceci étant, mes exigences générales pour le DMP, qui n’engagent que moi, sont les suivantes :
1) Il ne doit pas être chronophage pour les professionnels de santé et surtout ne pas imposer de double saisie.
2) Il doit être développé avec un système non propriétaire permettant à toute machine équipé de tout système (Windows, MAC OS, Linux…) de s’y connecter et fournir parallèlement aux PS un accès à une messagerie sécurisée. Les serveurs (si c’est la solution retenue) doivent être suffisamment puissants pour accueillir le nombre de connections simultanées (j’ai l’expérience du réseau TIRCEL [insuffisants rénaux sur Lyon] où en dépit d’un hébergeur de renom [Medcost], en journée, on a parfois le temps d’aller se faire un café en attendant que la modification d’une page soit prise en compte)…
3) Toute tâche supplémentaire pour le médecin doit être convenablement rémunérée ; à titre d’exemple le réseau TIRCEL accordait 120 € annuels pour ce travail de coordination mais l’URCAM vient de décider de réduire de 40 € cette somme pour les patients en ALD dont le médecin coordonateur est aussi le MT : ce qui selon ce modèle proposerait aux médecins 80 € annuels par DMP et 120 € si le patient est en ALD.
4) La traçabilité doit être assurée, chaque connexion en lecture ou écriture listée.
5) La législation doit enfin être adaptée, la Loi Kouchner qui donne aux patients le droit d’effacement de données pouvant ôter toute justification aux professionnels de santé.
6) L’hébergement des données doit être assuré par une structure indépendante notamment de l’industrie pharmaceutique.
7) Ces conditions générales étant remplies il faut s’attaquer au fond du problème, à savoir ce que l’on met dans le dossier et qui a accès à quoi.
GARRIGOU-GRANDCHAMP Marcel
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